26 octobre 2009
Anchorage diagonal

Le Lac
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?
Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :
"Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
"Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.
"Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.
"Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons !"
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?
Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.
Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
Alphonse de Lamartine
Méditations poétiques
17 juin 2009
fin grecque

Tout se fini toujours un jour.
Sur cette passerelle au long-court.
Ma vie défile au fil de l'eau.
Le cœur léger vers des lieux nouveaux.
10 juin 2009
Terrain de reflexion

Seul sur le pont
L'esprit vagabond
Pensées fugaces
Envies / Rancœurs
Ces mouettes m'agacent
Bilan du cœur
Celles qu'on retient
Celle qui s'éteint
Recherche du vide
Aux actes manqués
Membres livides
Regrets en pensées
Le regard perdu
Sur l'horizon nu
13 février 2009
Tunnel de ma vie

Adieu tristesse
Bonjour tristesse
Tu es inscrite dans les lignes du plafond
Tu es inscrite dans les yeux que j'aime
Tu n'es pas tout à fait misère
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire
Bonjour tristesse
Amour des corps aimables
Puissance de l'amour
Dont l'amabilité surgit
Comme un monstre sans corps
Tête désapointée
Tristesse beau visage.
Paul Eluard
La vie immédiate
12 février 2009
Ambiance vin chaud

Pensif je suis, car j'y crois en vain.
Mesquinerie de cœur d'artichaut.
Et bien malgré tout, le temps convainc.
Stoïque tel le bon bandit manchot.
13 janvier 2009
Sur le site de Petra - Portrait 3
Le thé s'offre si facilement qu'on en oublierait qu'il est chaud.
Le langage est multiple et se passe bien souvent de mots.
De son sourire doré et ses gestes affectifs, je m'en fait l'écho.
La vie bédouine, au rythme paisible, des touristes en trop flot.
10 août 2008
Opéra sonore
Ne pas être là où l’on s’attend à nous trouver.
Toujours surprendre et ce sans jamais sur-jouer.
Trompe le monde, à lui en faire douter de ses sens.
Multiples visages, protéiforme par essence.








