La vie est proteiforme mais en noir et blanc.

Raymond Depardon a dit "Il faut aimer la solitude pour être photographe." Oui mais pourquoi pas la partager...

09 février 2008

Le savoir des anciens

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Les cloîtres anciens sur leurs grandes murailles
Etalaient en tableaux la sainte Vérité,
Dont l'effet, réchauffant les pieuses entrailles,
Tempérait la froideur de leur austérité.

En ces temps où du Christ florissaient les semailles,
Plus d'un illustre moine, aujourd'hui peu cité,
Prenant pour atelier le champ des funérailles,
Glorifiait la Mort avec simplicité.

- Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite,
Depuis l'éternité je parcours et j'habite ;
Rien n'embellit les murs de ce cloître odieux.

Ô moine fainéant ! quand saurai-je donc faire
Du spectacle vivant de ma triste misère
Le travail de mes mains et l'amour de mes yeux ?

Charles Baudelaire
Le mauvais moine (recueil: les fleurs du mal)

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29 novembre 2007

Fa blanche

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L'école du soir

Aurore, à nul des coeurs qui saignent,
Ne vas recommander l'école
Où buissonnière on nous enseigne
La douleur plutôt que les jeux.

Un jour, en mousse se déguise
L'espiègle Vénus, et son col
Marin fait le ciel orageux ;
Demain en maîtresse d'école,

Mais marine, non buissonnière.
Ses leçons sont plus à ma guise,
Ignorante, elle qui serait
De ses élèves la dernière !

Vénus charmant les tableaux noirs
Figure tracée à la craie,
Enfin Vénus s'effacerait,
Ligne à ligne, de nos mémoires.

Raymond Radiguet
Les joues en feu

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13 novembre 2007

Autour de la menace

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Verger (IV)

De leur grâce, que font-ils,
tous ces dieux hors d'usage,
qu'un passé rustique engage
à être sages et puérils ?
 
Comme voilés par le bruit
des insectes qui butinent,
ils arrondissent les fruits ;
(occupation divine).
 
Car aucun jamais ne s'efface,
tant soit-il abandonné ;
ceux qui parfois nous menacent
sont des dieux inoccupés.

Rainer Maria Rilke
Receuil: Vergers

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10 septembre 2007

Héros-Limite

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« La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie » étonne et et est un nom, un nombre de chaises, un nombre de 16 aubes et jets, de 16 objets contre, contre la, contre la mort ou, pour mieux dire, pour la mort de la mort ou pour contre, contre, contrôlez-là, oui c’est mon avis, contre la, oui contre la vie sept, c’est à, c'est-à-dire pour, pour une vie et vidé, la vie dans, dans, pour une vie dans la vie.[...]

Ghérasim Luca

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11 juillet 2007

La défense des anges.

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Réversibilité

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu'on froisse ?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse ?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l'ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l'hospice blafard,
Comme des exilés, s'en vont d'un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides ?
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté ;
Mais de toi je n'implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières !

Charles BAUDELAIRE
Les fleurs du mal

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21 juin 2007

J'ai longtemps...

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J’ai longtemps remonté des boites à musique
J’ai longtemps récité des tirades classiques
J’ai longtemps cogité sous de tristes tropiques
J’ai longtemps agité pour l’action poétique
J’ai longtemps évité l’approche analytique
J’ai longtemps assisté à des autocritiques
J’ai longtemps exalté le pylône électrique
J’ai longtemps respecté le poteau de boutique

J’ai longtemps poireauté au métro République
J’ai longtemps déjeuné au bistrot chez Monique
J’ai longtemps recherché des laines gaëliques
J’ai longtemps vénéré l’automne et ses colchiques
J’ai longtemps contemplé les nuages d’Armorique
J’ai longtemps gigoté sous de belles athlétiques
J’ai longtemps bafouillé sous le claque et le clique

J’ai longtemps étoffé le paradigmatique
J’ai longtemps déglingué diverses mécaniques
J’ai longtemps roupillé sous de flasques moustiques
J’ai longtemps atchoumé sous le plâtre et la brique
J’ai longtemps mijoté sous des bâches en plastique
J’ai longtemps arpenté la surface acrylique

J’ai longtemps calciné sous des tas d’encycliques
J’ai longtemps bombardé l’écran du politique
J’ai longtemps admiré les vagues qui rappliquent
J’ai longtemps gravité sous des astres mythiques
J’ai longtemps oublié l’adéquate réplique
J’ai longtemps vérifié le compte syllabique

Alain Lance
Distrait du désastre

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17 juin 2007

Illusion d'optique

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L'amoureuse


Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire


Paul Eluard

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09 juin 2007

Rien ne sert de courir, il faut partir à point.

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Le Lièvre et la Tortue

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Jean de LA FONTAINE
Recueil : Les Fables

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04 juin 2007

Traversée du désert

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PAYSAGES

 

Derrière le visage et le geste
Les êtres taisent leur réponse
Et la parole dite alourdie
De celles qu'on ignore ou qu'on tait
Devient trahison

Je n'ose parler des hommes je sais si
Peu de moi

Mais le Paysage

Livré à mes yeux pour son reflet qui
Est aussi son mensonge glisse dans
Mes mots j'en parle sans remords
Reflet qui est moi-même et le visage
Des hommes mon unique tourment

Je parle de Désert sans quiétude
Sillonné des tourmentes du vent
Soulevé aux entrailles

Aveuglé de ses sables
Laissé aux solitudes sans toit
Jaune comme la mort
Qui parchemine
Face contre le soleil

Je parle
Des pas de l'homme si rares
En son aridité
Mais chéris comme le refrain
Jusqu'à l'autre passage
Du vent jaloux

Et de l'oiseau si rare
Qui de son ombre fuyante
Panse les blessures que donne le soleil

Et de l'arbre et de l'eau
Que l'on nomme Oasis
Du nom d'une femme aimée

Et je parle de la Mer rapace qui reprend
Les coquillages aux grèves
Les vagues aux enfants

Mer sans visage
Aux cent visages de noyés
Qu'elle enroule d'algues
Rend glauques et glissants
Comme les bêtes marines

Mer insensée telle une histoire sans fin
Détachée de l'angoisse
Pleine de contes de mort

Et je parle de vallées ouvertes
Aux pas fertiles de l'homme
Au désordre de la fleur

De cimes confinés

De montagnes de clarté
Que dévore la fauve course des sapins

Et des sapins qui savent
L'accueil des lacs
La noirceur des sols
Et les sentiers qui errent

Échos de ces visages
Qui hantent nos matins.

 
Andrée Chedid

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23 mai 2007

J'irai jouer sur vos tombes.

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Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré ;
La pâleur m'en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai. [...]

Alfred de MUSSET
Poésies nouvelles

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